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L'inscription sur le mur n'est pas près de disparaître : l'humanité minera les fondements de sa propre civilisation si nous, citoyens du monde, ne changeons pas le cours de notre développement. La croissance de la population combinée à l'accroissement des niveaux de vie menacent de dépasser les capacités de notre planète tant en termes de consommation d'énergie et de ressources naturelles non-renouvelables qu'en termes de possibilités de résorber la pollution résultant des activités humaines. L'impact des émissions de dioxyde de carbone passées et présentes se fait sentir aujourd'hui dans les dérèglements climatiques et les années qui passent ne font qu'assombrir le tableau.

Les changements climatiques et autres catastrophes environnementales affectent tous les pays, qu'ils soient développés ou en développement. Cependant, les pays les moins développés et les couches de population les plus pauvres partout dans le monde seront les plus affectés car leur accès aux ressources permettant de se prémunir contre le réchauffement de la terre, l'augmentation du niveau de la mer, la désertification et la perte de biodiversité est plus limité. Ils auront besoin d'aide accrue pour pouvoir affronter ces nouveaux risques interconnectés. D'autre part, l'industrialisation rapide de la Chine et de l'Inde et de grandes économies émergentes telles que l'Indonésie, le Brésil, le Mexique ou l'Afrique du Sud pèse de plus en plus sur l'accélération des changements climatiques. Il est clair que ces nouveaux venus réclament le droit à s'industrialiser comme l'Europe, l'Amérique du Nord et le Japon l'ont fait au cours des siècles passés.

Les défis du développement durable sont donc multiples : comment persuader les pays les plus avancés d'accepter leur responsabilité en matière de protection des biens publics ? Est-ce qu'une négociation entre pays développés et pays émergents permettrait à ces derniers d'accroître leur niveau de vie sans pour autant compromettre le développement futur de l'ensemble du globe ? Comment les pays les plus pauvres peuvent-ils se prémunir contre l'impact des changements climatiques et l'épuisement des ressources naturelles ?

Un système de gouvernance mondiale effective est nécessaire pour réconcilier des intérêts immédiats divers et parfois conflictuels. Jusqu'à maintenant la gouvernance économique a été essentiellement structurée par les pays et les acteurs puissants. L'influence de la plupart des pays en développement est encore très limitée dans les domaines de la négociation des règles internationales et la définition des politiques économiques et financières des institutions-clés telles que la Banque mondiale et le Fonds monétaire international. Ces institutions, ainsi que l'Organisation mondiale du commerce (et son prédécesseur le GATT), ont joué un rôle important dans la gestion économique mondiale. De nombreuses opportunités ont été créées mais les bénéfices ont été diversement distribués. Le système multilatéral chargé de la formulation et de l'application des politiques internationales ne fonctionne pas convenablement et manque de cohérence politique car les dimensions sociales et environnementales de la globalisation tendent à être ignorées. Les déficiences de la vague actuelle de globalisation économique et financière - croissance des inégalités intra- et internationales, ignorance des effets destructeurs d'une croissance économique sans entraves - ne sont que trop évidents. Les asymétries croissantes de pouvoir et les inégalités de niveaux de vie à l'intérieur d'un même pays et entre les pays constituent un terrain fertile favorisant le développement de conflits violents, du terrorisme et de l'insécurité en général.

La recherche de formes de gouvernance mondiale plus efficaces et plus participatives ne doit pas sous-estimer le rôle de la culture et de la religion. Le discours international sur la culture et le développement est devenu obsédé par le "clash des civilisations" et les remèdes pour le transformer en un dialogue pacifique et constructif visant à l'établissement d'une éthique universelle du développement durable. Au vu des performances de croissance extrêmement diverses observées en Asie, Afrique et Amérique latine on ne peut nier que la culture joue un rôle important en matière de développement et de gouvernance. Comment identifier et mobiliser les éléments positifs de chaque culture et civilisation dans l'optique d'une coopération internationale pacifique et d'une gouvernance mondiale ?

Le développement durable commence chez soi. Chaque citoyen, chaque organisation, chaque entreprise doit contribuer au bien commun. Les gouvernements doivent concevoir et mettre en place des politiques afin de prévenir les comportements irresponsables parmi les producteurs ou les consommateurs. Le principe du développement durable, incluant la protection de l'environnement et la gestion efficace des ressources naturelles non-renouvelables et combiné à la lutte contre la pauvreté et l'accès à des conditions de vie décentes dans les pays en développement, a été approuvé par tous les pays à la Conférence des Nations Unies sur l'environnement et le développement (UNCED) de Rio en 1992. Pourtant, la traduction de cet impératif au niveau des politiques économiques semble être une tâche ardue tant pour les pays développés que pour les pays en développement. Le développement durable est un concept multidimensionnel qui englobe développement humain, social, culturel, politique et économique en plus de la dimension écologique. Il implique une cohérence politique entre toutes ces composantes.

La gouvernance au niveau de chaque état-nation fait partie intégrante de la gouvernance mondiale, et l'aide au développement qui a pour but d'améliorer les capacités de gestion des pays en développement contribue au bon fonctionnement du système mondial. Dans l'arène internationale les pays "francs-tireurs" sont également à éviter. Les politiques des pays développés qui affectent les autres pays doivent donc être examinées et leur impact sur les pays en développement évalué. L'impératif de cohérence entre les politiques économiques qui ont des répercussions internationales et les objectifs de développement durable est inscrit dans le traité de la Communauté européenne depuis 1993 ainsi que dans les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) adoptés par les pays membres des Nations Unies en 2000.

Si ces questions sont à l'ordre du jour international, le mérite en revient à une recherche visionnaire et à la société civile internationale qui est devenue aujourd'hui un acteur important de la gouvernance mondiale, mais les parties prenantes sont nombreuses. La créativité des entreprises privées en matière de technologies nouvelles et de solutions novatrices en faveur du développement durable doit aussi être prise en compte. Toutefois, lorsque les changements climatiques résultent de la défaillance des mécanismes de marché, l'intervention gouvernementale, une coopération internationale accrue et une gouvernance mondiale efficace deviennent nécessaires.

L'incapacité de traduire, après deux décennies, le concept de développement durable en actions concrètes à l'échelle du monde montre que plus de recherches et plus de débats sur les manières et les moyens d'accroître sa pertinence sont nécessaires afin de l'intégrer aux stratégies et politiques de développement mondiales, nationales et locales. Gouvernance mondiale pour un développement durable : la nécessité de cohérence politique et de nouveaux partenariats sera le thème de la 12ème Conférence générale de l'EADI qui se tiendra à Genève, en Suisse, du 24 au 28 Juin 2008. Les chercheurs européens en matière de développement et leurs collègues associés de pays en développement (ICCDA) présenteront et discuteront leurs vues sur ces dramatiques défis mondiaux et exploreront quelles politiques et quels modèles de gouvernance permettraient de répondre à ces défis au niveau mondial, régional, national et local. Le choix de Genève pour la tenue de la conférence offrira des possibilités de dialogue et de coopération avec un large éventail d'organisations internationales, gouvernementales et de la société civile ainsi qu'avec une communauté académique à vocation internationale.